Arthur Mirat
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Hajaba
2019
Vidéo, 10 min

À Tanger, je collecte les sacs en tissu que les épiciers me donnent lorsque je fais mes courses. Les sacs n’ont jamais la même couleur, jamais la même opacité, jamais la même taille. Après un mois de collecte, je tri mes sacs. Un arc-en-ciel. Je décide de les rassembler, les coudre les uns aux autres. Un drapeau arc-en-ciel. Un rideau. De quoi voiler notre amour, cacher notre union, et éviter de se retrouver derrière les barreaux.
Le concept Hijab est tridimensionnel, et les trois dimensions se recoupent très souvent. La première dimension est une dimension visuelle : dérober au regard. La racine du verbe Hajaba veut dire «cacher». La deuxième dimension est spatiale : séparer, marquer une frontière, établir un seuil. Enfin, la troisième dimension est éthique : elle relève du domaine de l’interdit. Il s’agit à ce niveau-là non plus de catégories palpables, qui existent dans la réalité des sens, comme le visuel ou le spatial, mais d’une réalité abstraite, de l’ordre de l’idée. Un espace caché par un Hijab est un espace interdit. Le dictionnaire Lissan Al-Arab («Langue des Arabes») ne nous aide pas beaucoup. Il nous explique que Hajaba veut dire «cacher par un sitr». Et le sitr, en arabe, veut dire littéralement «rideau». Donc une opération qui divise l’espace en deux et en dérobe une partie au regard. Le dictionnaire ajoute que quelques synonymes du verbe cacher sont formés à partir des mots sitr et Hijab. Satara et Hajaba signifient tout deux «cacher».

Fatema Mernissi, Le Harem politique, 1987

In Tangier, I collect the bags that the grocers give me when I do my shopping. The bags are never the same colour, never the same opacity, never the same size. After a month's collection, I sort my bags. A rainbow. I decide to collect them, sew them together. A rainbow flag. A curtain. Something to cover our love, to hide our union, and to keep us out of jail.

The Hijab concept is three-dimensional, and the three dimensions very often overlap. The first dimension is a visual dimension: stealing from the eye. The root of the verb Hajaba means "to hide". The second dimension is spatial: to separate, to mark a boundary, to establish a threshold. Finally, the third dimension is ethical: it falls within the realm of the forbidden. At this level, it is no longer a question of palpable categories, which exist in the reality of the senses, such as the visual or the spatial, but of an abstract reality, of the order of the idea. A space hidden by a Hijab is a forbidden space. The Lissan Al-Arab dictionary ("Language of the Arabs") does not help us much. It explains that Hajaba means "hidden by a sitr". And the sitr, in Arabic, literally means "curtain". So an operation that divides the space in two and steals part of it from the eye. The dictionary adds that some synonyms of the verb to hide are formed from the words sitr and Hijab. Satara and Hajaba both mean "to hide".

Fatema Mernissi,Le Harem politique, 1987
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